Jacquemard
Rue Grande
Bienvenue au pied du Jacquemard, l’un des plus remarquables de France à la fois par le nombre de ses automates et par leur taille grandeur réelle.
Jacquemart ou Jacquemard ?
Il existe 27 Jacquemarts en France dont seuls trois prennent un « D » final. Ceux de Besançon, de Mombrard et de Lambesc, Jacoumar en provençal. Avec celui de Lambesc, 6 autres jacquemarts existent dans la moitié sud de la France : le couple d’Avignon, le géant de Romans, le Jacoumaro de Lavaur, les trois « chinois » d’Aix en Provence, celui du Grau du Roi et celui de Nîmes.
Un peu d’histoire…
Lambesc se dote de remparts au début du XVème siècle. A l’emplacement de l’actuel Jacquemard se trouve l’une des portes des remparts qui protégeaient la ville, la porte ouest, dite « Porte de Salon » ou « Portail de la Grand’ Place ». Elle s’ouvrait vers Salon et la plaine de la Crau. La tour, en partie supérieure, sorte de beffroi, est commencée en 1626 et achevée en 1645. Sur un plan carré, elle s’élève à 25 mètres au-dessus du sol. Prévue pour recevoir une horloge, elle possédait deux ouvertures carrées : sur le devant, côté Rue Grande, où se trouve le cadran actuel et sur l’autre côté, place Jean Jaurès, inutilisée de nos jours mais toujours visible, bien qu’obturée. Sur ce côté, deux ouvertures rectangulaires sont percées dans la partie de la porte des remparts. Une niche abrite une Vierge à l’Enfant appelée « Notre Dame des Neiges ».
Juste au-dessus du porche se trouvent les armes de la ville « d’azur à la croix de Lorraine d’or ». Elles furent données à Lambesc en 1453 par Yolande de Vaudemont, Duchesse de Lorraine, quand son père, le Roi René, lui fit don de la Seigneurie de Lambesc qu’il venait d’acheter. Ces armes, représentatives de la croix d’Anjou, ne devinrent croix de Lorraine que plus tard, en 1477, quand le petit fils du Roi René la prit comme signe de ralliement, dans sa lutte contre Charles le Téméraire, qu’il battit devant Nancy.
Et l’horloge ?
C’est en 1598 que l’on installe la première horloge à deux cadrans. L’un, côté intérieur des remparts (actuellement place Jean Jaurès), donnait l’heure ; l’autre, à l’extérieur, muni d’un disque coloré, donnait les phases de la lune. Ce disque fut refait en 1611. Le mécanisme utilisé, à contrepoids, était du type dit à « roues de rencontre », sans balancier ni ancre d’échappement, inconnue en ce temps-là. Ces horloges ne donnaient l’heure qu’avec peu de précision et devaient être réglées tous les jours d’après les indications d’un cadran solaire. Cela explique la présence d’un tel cadran sur la tour même, avec l’inscription « Horat fugit » (l’heure s’écoule). La cloche donnant l’heure était à l’intérieur de la tour.
En 1646, cette horloge est remplacée par une horloge jacquemart à quatre automates en acier, installés sur la terrasse de la tour, sans protection. Les habitants donnèrent aux automates le nom du monument qui devint ainsi un nom propre. Alors naquit la famille Jacquemard. Le mari, forgeron, fut prénommé Jacquemard, l’épouse Margarido, le garçonnet Jacquet et la fillette Jacqueto. Les enfants sonnaient les quarts d’heure sur deux petites cloches ; le forgeron, les heures sur une très grande cloche. Il répétait l’heure et entre les deux frappes, sa femme lui faisait la révérence.
La cloche de 950 kilos porte une inscription gravée « J.H.S. De mon seul ton je régis toute chose et l’on m’a faite en 1643 ».
- Les transformations du XIXème siècle : En 1827, l’horloge est remise à neuf par Rousset, mécanicien à Salon-de-Provence et en 1882, elle est remplacée par une horloge plus précise à balancier et ancre d’échappement. Les automates en métal, détériorés, sont également remplacés par des mannequins en bois et le mécanisme qui les actionne est simplifié. Margarido ne fait plus la révérence mais sonne l’heure avec son mari. Les enfants annoncent l’heure que vont frapper leurs parents et sonnent les quarts d’heure sur une cloche en forme de calotte. On enferme cette famille dans un campanile en fer forgé de 4 mètres de haut.
C’est le sculpteur Mouttet d’Aix-en-Provence qui fit les personnages en bois d’après le modèle des mannequins en métal. La taille du forgeron, Jacquemard, est de 1,65 mètre, celle de Margarido, 1,60 mètre et celle des enfants, 1,05 mètre ; le père et le fils en habits de l’époque révolutionnaire, la mère et la fille en costumes de Haute Provence, avec dentelles et grand chapeau à bord plat. - Le XXème siècle, un siècle difficile : Tout cela marche correctement jusqu’au 11 juin 1909, date du tremblement de terre qui anéantit la ville aux trois quarts. La tour Jacquemard est ébranlée, la grosse cloche décrochée tombe aux pieds du forgeron, stoppant le fonctionnement de l’horloge dont le cadran intact indique vingt et une heures et quinze minutes, l’heure de l’événement. Une souscription publique ouverte par le journal régional de l’époque « Le Petit Marseillais » permet de remettre l’horloge en état de marche. La tour est consolidée par deux ceintures en maçonnerie, visibles aujourd’hui. Et la famille Jacquemard reprend du service. Le Jacquemard est classé parmi les monuments historiques par arrêté ministériel du 30 Novembre 1912.
16 août 1944, un train de munitions allemand stationnant en gare, mitraillé par les alliés, explose causant des dégâts considérables dans la cité, sinistrée à 22%. La tour de Jacquemard résiste encore mais la grosse cloche est déplacée ; le cadran de 1645, réchappé du séisme de 1909, tombe sur le mécanisme qu’il détériore et se brise.
1948, les travaux urgents de reconstruction dans la ville incombant à la municipalité étant terminés, le Maire Charles Serre décide de restaurer l’horloge. Louis Long, horloger à Lambesc chargé d’exécuter cette restauration, la mènera à bien avec le concours d’un spécialiste M. L. Robert. Le cadran remplacé, en verre dépoli, provient d’« Ungerer », maison de Strasbourg réputée dans la construction des grandes horloges.
Les travaux de ferronnerie, menuiserie, peinture sont effectués avec un soin tout particulier. À cette occasion, les teintes originales des costumes de la famille Jacquemard ont été relevées et reproduites.
Au début de 1980, Jacquemard défaillant et quelque peu défraîchi ne sonne plus les heures et doit être remis en état. Malheureusement, faute d’information, les teintes originales ne sont pas reprises. Aujourd’hui encore, Jacqueto, Jacquet, Margarido et Jacquemard continuent à rythmer les journées des lambescains et lambescaines. - La petite anecdote : En 1993, l’administration de la Poste a inscrit le Jacquemard de Lambesc pour l’édition d’un timbre. Ce sera le deuxième timbre à l’effigie d’un jacquemart après celui de Moulins en 1955.
Le Jacquemard se visite à l’occasion des Journées du Patrimoine et dans le cadre des visites de l’été en juillet et en août. Renseignement à la Maison du Tourisme : 04 42 17 00 62
Source : Pierre Gazanhes.