Le Moulin de Bertoire
Le Moulin de Bertoire
Bien installé sur le plateau de Bertoire, le moulin de Lambesc trône fièrement et fait tourner ses ailes au gré du vent. Mais pourquoi est-il ici ?
Les moulins en Provence
C’est le retour des Croisés en Europe au XIIe siècle, qui permet la réapparition du moulin sur le continent, inspiré de ceux du Proche Orient. Au fil des siècles, les moulins subissent plusieurs améliorations techniques, permettant de moudre les grains plus vite, plus finement et donc de proposer de la farine en plus grande quantité et de meilleure qualité. C’est d’autant plus important qu’au Moyen Age, l’alimentation se base principalement sur les céréales. Le moulin devient donc un élément central dans la vie du village.
Comment fonctionne un moulin à vent ?
Le moulin à vent transforme l’énergie éolienne en énergie mécanique dans le but de moudre les grains de céréales.
Les ailes du moulin sont posées à l'extrémité d'un axe (arbre). Elles doivent être positionnées toujours face au vent, pour ce faire, la toiture et son mécanisme s’oriente manuellement sur 360° depuis l’intérieur.
En tournant, les ailes emportent avec elles un mécanisme appelé rouet avec alluchons : c’est une grosse roue dont les crans (alluchons) s’emboîtent dans un autre mécanisme, la «lanterne» (appelée ainsi du fait de sa forme). Cette dernière est posée sur un axe vertical (gros fer), sur lequel est relié à la meule dite « tournante » qui tourne sur une seconde meule, immobile dite meule « dormante »). La friction entre les deux meules écrase les grains de céréales : c’est l’action de « moudre » !
Il est très important que les ailes ne tournent pas trop vite, le meunier doit aussi compter sur la force du vent et régler la voilure pour obtenir une vitesse de rotation de la meule tournante de 60 tours/ minute environ et il doit veiller à ce que les meules ne soient pas trop proches l’une de l’autre. En effet, une friction trop appuyée ou rapide peut chauffer les grains, ce qui altère le goût de la farine en lui donnant « un goût de brûlé ».
Le moulin de Lambesc, ou comment renaître de ses cendres
Au XVIIIe siècle, Lambesc compte sept moulins à eau pour la fabrication de l’huile et trois moulins à vent pour le blé pour sa part le moulin de Bertoire a été construit en 1806. Malheureusement, en 1882, ce dernier cesse de fonctionner et il est laissé à l’abandon. Le moulin perd ses ailes peu de temps après, puis sa toiture et son mécanisme.
Il appartient en premier lieu à la famille LEBRE, qui se le transmet de génération en génération jusqu’en 1929. Louise Augustine LEBRE, dernière descendante de la famille, le lègue à sa dame de compagnie, Eugénie Philomène Octavie FROID. Son frère hérite du moulin à sa mort en 1944 et le vend à la SCI Bertoire en 1964. La commune de Lambesc en devient propriétaire en 1982 par un échange de terrain.
Une première tentative de rénovation est amorcée en 1982 par l’association des Amis du Vieux Lambesc mais malheureusement, faute de moyens le projet est mis à l’arrêt. La commune fait installer un toit sur le moulin pour le protéger des aléas climatiques.
C’est lors de la revalorisation du quartier de Bertoire que la restauration du moulin revient sur le devant de la scène. Elle est portée par l’association Conservation du Patrimoine de Lambesc, créée à cet effet sous l'impulsion d'Albert Antoniol et d'une équipe de passionnés.
La restauration respecte la tradition provençale des moulins à vent, en reproduisant le mécanisme, l’architecture typique de ses édifices et en utilisant les matériaux et les méthodes d’origine. A noter que les pierres de taille proviennent d’une carrière de Lambesc.
Les travaux commencent fin 2009 pour aboutir à l’inauguration en mai 2013.
Le financement a été assuré par des dons des particuliers et des entreprises locales par l'intermédiaire de la fondation du patrimoine et des fonds publics ; l'implication des bénévoles dans les travaux a été déterminante,
Aujourd’hui, le moulin joue un rôle pédagogique en permettant de présenter l’histoire de Lambesc et les métiers allant du blé au pain à tous les publics.
Un four qui n’a rien de «banal»
A proximité du moulin est installé un four banal datant du 17ème siècle,
Qu’est-ce qu’un four banal ? De l’Ancien Régime à la Révolution, c’est une possession du seigneur qu’il met à disposition de l’ensemble des habitants moyennant une taxe, « le ban ». L’ensemble des sujets de la seigneurie doit utiliser ce four et ne peut pas en construire un autre. En contrepartie, le seigneur a l’obligation d’entretenir et de permettre l’accès au four qui est sous la responsabilité de boulangers appelés fourniers : ceux-ci cuisent le pain pour la semaine, voire la quinzaine, en formant de gros pains avec une épaisse croûte pour prolonger le temps de conservation.
Situé initialement sur un terrain privé dans un hameau de Lambesc (Janet), le four est démonté par les membres de l’association Conservation du Patrimoine de Lambesc puis restauré et installé en 2024 avec le soutien de la commune de Lambesc. Avec l’aire de foulage créée à proximité la même année, c’est tout le cycle de fabrication du pain qui est présenté aujourd’hui sur l’esplanade du moulin de Bertoire.
Le saviez-vous ? Les moulins vous parlent !
La position des ailes d’un moulin signalait un évènement à la population : un mariage, le décès du meunier, un repos de longue durée… En temps de guerre, les moulins étaient un moyen de transmettre des messages cachés à la population.